Breaking Away
5.0Note Finale
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« Breaking Away » = « se détacher de ». Le sujet du film est là: on y suit quatre ados qui vont devoir apprendre à se détacher de leur condition sociale, de leur peur de l’avenir pour s’affirmer.

Je suis allé voir ce film grâce à son scénariste, Steve Tesich.

Il est l’auteur de deux romans qui m’ont bouleversés : Karoo et Price. Karoo est même un tournant dans mon parcours de lecteur, un de ces livres qu’on ne peut pas oublier, qui vous remue les tripes, et qui change votre manière de voir le monde.

Je ne connaissais pas Breaking Away ; je connais très mal le cinéma de Peter Yates (shame on me), et c’est donc mon admiration pour Steve Tesich qui m’a poussé à aller voir ce film, initialement sorti en 1979 mais qui bénéficie d’une sortie restaurée.

Le pitch est le suivant : Bloomingdale, Indiana. Quatre ados issus de la classe ouvrière trompent leur ennui entre baignades dans une carrière désaffectée, drague et bastons. Ils sont des « cutters », des fils de tailleurs de pierre, méprisés par les riches universitaires. L’un d’eux, passionné de cyclisme et d’Italie, en conflit avec son père, va participer à une course organisée par l’université de la ville. L’occasion de se confronter à l’élite de Bloomingdale.

On retrouve déjà dans ce petit résumé les thèmes chers à Tesich : le conflit familial, le contexte social, la quête de soi, le rapport à l’autre.

J’ai été frappé par l’humour du film, souvent empreint de mélancolie, et utilisé pour parler de sujets graves : le régime alimentaire du père fragile du cœur, la fuite du fils à travers sa passion pour le vélo et ses modèles italiens… Beaucoup de scènes dramatiques sont traitées sous un prisme comique, qui sans enlever de tension au récit humanise un peu plus les personnages. On n’est pas dans la résignation, ou en tout cas, pas pour ces ados qui ne s’acceptent pas. A travers leur envie de stagner, leur refus du monde adulte, c’est à la société qu’ils s’opposent. Ils sont des cutters, des fils de rien, destinés à le rester en acceptant un boulot merdique.

Ces « cutters » me font penser aux Goonies ; ils sont des moins que rien, et les classes sociales supérieures ne se gênent pas pour leur faire comprendre. Mais là où les goonies avaient la possibilité de fuir leur mal-être à travers une course au trésor relevant autant de l’amitié que de l’imaginaire, les cutters sont profondément ancrés dans le réel. Rien ne leur permet de réellement s’évader, mis à part cette carrière abandonnée devenue lac artificiel. Un terrain de jeu qui leur sera lui aussi volé… Même leur refuge ne leur appartient pas.

Dave, le personnage principal, semble avoir un train d’avance sur les autres. Pour lui, le salut ne viendra de l’intérieur. Le rêve américain est mort à Bloomingdale, noyé dans cette carrière abandonnée, dans laquelle un frigo pourrit au fond de l’eau. Non, pour Dave, le salut vient de plus loin: d’Europe, d’Italie, et de ses coureurs cyclistes dont il se sent si proche, au grand dam de son père, un être beaucoup plus terre à terre.

Mais le pauvre Dave subira lui aussi une dure leçon. Ses idoles ne sont pas si belles, pas si magnifiques. Et il constatera amèrement que la triche est l’apanage de tous…

Qu’est-ce qu’il leur reste à ces pauvres gosses ? Quand on connait Tesich, on se dit que le récit peut partir dans le tragique. Mais non, pas ici. Ils ont une chose, qui les rend plus forts, différents: ils sont des cutters. Et cette condition, qui les poussaient à stagner, à fuir les responsabilités le plus longtemps possible, est en fait un lein fort qu’ils partagent. C’est à travers leurs difficultés et leurs échecs (sportifs, amoureux, professionnels)  qu’ils apprendront à s’assumer, à s’affirmer et à exister aux yeux des autres.

Ne ratez pas ce chef d’oeuvre.