Creed II
3.0Note Finale
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La vie est devenue un numéro d’équilibriste pour Adonis Creed. Entre ses obligations personnelles et son entraînement pour son prochain grand match, il est à la croisée des chemins. Et l’enjeu du combat est d’autant plus élevé que son rival est lié au passé de sa famille. Mais il peut compter sur la présence de Rocky Balboa à ses côtés : avec lui, il comprendra ce qui vaut la peine de se battre et découvrira qu’il n’y a rien de plus important que les valeurs familiales.

Voilà le résumé de Creed II tel qu’il nous est vendu par les distributeurs français. L’enjeu pour Adonis dans ce film? Equilibre personnel, quête de soi, l’importance de la famille. Et tout ça, on l’acquière en souffrant, en se faisant mal, en se sacrifiant au combat… Rien de surprenant: c’est la thématique de tous les Rocky.

Au bout de 6 « Rocky » et 2 « Creed », la saga parvient-elle à se renouveler? Ces personnages ont-ils encore quelque chose à nous dire?

Eh bien pas vraiment! Creed est torturé par les mêmes problèmes que dans le premier opus: comment assumer son nom, et l’héritage tragique de son père? Il y avait déjà bien répondu dans le premier film, se reconstituant une cellule familiale à travers les combats.
Dans cette suite il n’a donc que peu de dilemmes; tout va pour le mieux niveau familial,  et même la petite engueulade avec Rocky dans la première partie du film nous parait bien futile… Et déjà vue dans la saga (Rocky 5, le plus mauvais de la série).

Alors pourquoi Adonis veut-il se battre? Quelles raisons le poussent à affronter le fils de l’homme qui a tué son père? C’est la question qu’on peut se poser, et c’est bien sûr aussi la question que lui pose Rocky. Mais Adonis est bien incapable d’y répondre… Il se bat parce qu’il le faut, parce que les médias veulent ça… Mais il ne se bat pas pour lui, et c’est pour ça qu’il perd le premier match.
Le problème de « Creed II » c’est qu’Adonis ne répond jamais vraiment à cette question… Qu’est-ce qui le pousse à monter sur un ring? La volonté d’assumer son rang, son héritage? Oui, ok, mais c’est une redite ça, très bien racontée dans le premier film. Résultat: dans cette suite, le personnage d’Adonis Creed nous apparait plutôt lisse, loin d’être aussi torturé que Rocky pouvait l’être.

Dans les différents opus de la saga (plus ou moins réussis), le personnage de Rocky a toujours eu des enjeux clairs et définis, différents, qui l’ont poussé à évoluer, à changer, à se renouveler. Adonis Creed n’a pas tout ça; il ne se repose pas sur ses acquis, est proche des siens, a des valeurs saines… Il est un peu trop lisse le garçon!

Finalement, l’intérêt du film n’est pas tant l’histoire d’Adonis Creed que celle… de la famille Drago! On pouvait douter de l’intérêt de faire ressurgir cet ancien ennemi, mais l’idée est finalement excellente: Ivan Drago, après sa défaite contre Rocky, a été déchu de son statut. Il n’est plus qu’un vieux boxeur aigri, exilé en Ukraine avec son fils, à ressasser sa haine et son envie de vengeance.

Pour cela, il façonne patiemment son fils Victor, en faisant de lui un boxeur à la force brute et écrasante. A travers lui, il va se venger de Rocky, de la Russie, de son ex femme, et va retrouver son rang.

Victor, le boxeur taiseux qui écrase tout sur son passage, est bien plus intéressant qu’il n’en a l’air: à travers ses regards, son attitude, on sent bien qu’il subit le fait d’être un outil dans les mains de son père. Contrairement à lui, il n’est pas un tueur. A l’inverse d’Adonis, il sait très bien pourquoi il monte sur le ring. Il a été élevé comme une machine, mais il n’en est pas une. Et tous ces sacrifices semblent vraiment lui peser.

Le film s’ouvre sur la famille Drago, comme si de l’aveu même de Stallone, qui co-écrit le film, ils avaient plus de choses à raconter que les Creed/Balboa.
Les deux boxeurs ont en commun l’héritage paternel à assumer, et Victor Drago semble avoir des enjeux vraiment plus intéressants que ceux de Creed. On aurait aimé en voir plus sur les différences entre les deux mentors: Balboa l’humain, Drago la machine. Leur relation n’est malheureusement pas assez fouillée, et une simpliste confrontation dans le restaurant de Balboa ne suffit pas à dramatiser suffisamment le film.

Quel dommage, parce que tout le coeur de ce « Creed II » était là: la force chaleureuse de l’humain face à la force brute et mécanique incarnée par Ivan Drago.
Le gros temps mort au milieu du film aurait pu être remplacé par un parallèle plus fouillé entre la team Creed/Balboa, et la team Drago, leurs entrainements respectifs, leurs doutes et leurs valeurs… C’est un vrai regret de ne pas avoir eu ça, ou de ne l’avoir eu que trop peu. On pourrait presque penser qu’un film sur « Drago » aurait eu plus de consistance qu’une suite à « Creed » finalement…

On peut également parler des combats qui émaillent le film. Leur réalisation, comme celle du film, est très honnête, mais sans plus… Ils ont un côté « réaliste » et le découpage de l’action est très lisible. Mais ils ne sont pas assez épiques, pas assez « cinématographiques ». On aurait aimé plus de plans et plus de moments comme la dernière fois que Creed se relève à la fin du film.

Pour finir, évoquons le rôle de Rocky Balboa. Un ami avec qui je suis allé le voir m’a fait cette remarque très juste: Rocky est très effacé dans le film. C’est presque une ombre, un fantôme. Il est au loin, flou, peu présent. On a l’impression que ça y’est, son histoire est définitivement terminée. Stallone semble nous avoir dit tout ce qu’il avait à dire sur son personnage fétiche. Alors il l’efface, le retire, et lui offre un rôle d’observateur tout à fait secondaire. Creed n’a plus besoin de Rocky pour écrire son histoire.
Rocky Balboa n’est plus un boxeur. Il n’a plus besoin d’être un mentor. Il est temps pour lui de changer de rôle, et de devenir le grand-père qu’il n’a jamais su être.

Creed II est un film sympathique, plutôt agréable à suivre, mais qui manque de coeur. Sans faire tâche aux autres « Rocky », il ne parvient pas à se hisser à la hauteur des meilleurs opus de la saga.