Le Monde est à Toi
3.8Note Finale
Note des lecteurs: (1 Vote)

François est un petit dealer de banlieue. Lui ne rêve pas de devenir Scarface, mais aspire à une vie rangée et tranquille au Maghreb. C’est sans compter sur son extravagante mère, qui a gaspillé ses économies.
Pour réaliser son rêve, le voilà poussé à organiser un deal dangereux en Espagne, accompagné d’une équipe de bras cassés.

Quelle bouffée d’air frais! Enfin une comédie française originale, qui s’appuie sur un casting prestigieux au service de l’excellentissime Karim Leklou.

Le monde est à toi commence de manière si classique, qu’on a peur de se retrouver face à un énième film rempli de clichés (personnages hauts en couleur mais clichés au possible, vision de la banlieue française vue et revue, etc.). Mais il n’en est rien; Romain Gavras joue habilement de ces clichés pour les détourner, les revoir, plaçant le spectateur dans une position de surprise constante.

Outre une mise en scène tape-à-l’oeil mais ô combien maitrisée, une BO omniprésente et parfois agressive, le film fait la part belle à ses personnages: Vincent Cassel y incarne un ancien taulard qui a pété une durite, aux discours confus et fasciné par des vidéos complotistes, alors qu’Isabelle Adjani incarne une mère ultra-possessive, violente et égoïste. Au milieu de ces proches, et de Poutine, le caïd local, le pauvre François parait bien fade… Difficile pour lui de s’affirmer, de se détacher de ce milieu familial et social pesant pour mener à bien sa propre vie.

Regonflé par la perspective de séduire la belle Lamya (Oulaya Amamra, toujours aussi solaire), il va finalement prendre son destin en main, et tenter de tout faire pour donner un sens à son existence.

Le film est prenant, parfaitement rythmé, et fait la part belle aux dialogues. La séquence douce et terrible de François et une petite écossaise se confiant l’un à l’autre est dans ce sens assez bien sentie.
Les seconds rôles ne sont pas en reste, que ce soit Poutine, le chef de gang aussi taré qu’ambitieux, les deux Mohammed bercés par Periscope et une imagerie du gangster intemporelle mais si fausse, ou encore l’avocat véreux incarné par Philippe Katherine ou l’ancien gangster joué par François Damiens qui a une vision des migrants assez… particulière.

Cette richesse de caractères des personnages contraste avec l’effacé François, un mec lambda, pas sans défauts, mais si attachant.

La fin ironique du film est terriblement savoureuse, et nous laisse un sentiment doux-amer particulièrement plaisant.

« Le monde est à toi », François. Mais tu aurais dû écouter ton père de substitution, Henry, quand il cite Balavoine: la vie n’apprend rien.

La bande annonce: