The Predator
0.5Note Finale
Note des lecteurs: (1 Vote)

Après l’inoubliable Predator de John McTiernan sorti en 1987, une suite passable en 1990 et un 3e volume disons… oubliable en 2010, l’iconique monstre revient au cinéma.
Et c’est Shane Black qui s’y colle, comme un retour aux sources: le réalisateur avait en effet joué dans le premier film de la saga.

Milieu des années 80. Shane Black est un gamin surdoué de 23 ans qui vend à la Warner le scénario d’un film qui deviendra culte: l’Arme Fatale.
Sa carrière de scénariste se poursuivra avec quelques échecs devenus aujourd’hui cultes (ou presque): Le Bon Samaritain, ou encore Last Action Hero.
Après avoir oeuvré avec succès dans les blockbusters des années 80-90, il prendra quelques années de recul, comme si sa carrière suivait le même chemin que les films du genre…

Il lui faudra attendre une quinzaine d’années avant de renouer avec le succès, avec la réalisation d’Iron Man 3, plus gros succès de la saga…

C’est d’ailleurs comme ça qu’on vous vend le film; regardez l’affiche: « par le réalisateur d’iron Man 3 »… Wahou… Merde alors. Le mec qui a écrit Last Action Hero fait son plus grand succès avec Iron Man 3… ça en dit long sur l’état du cinéma d’aujourd’hui.

Terminator, Die Hard, Ghostbuster, Rocky, Rambo, Blade Runner, Alien, Star Wars, et tant d’autres… La mode est aux reboots, remakes, suites, préquels de franchises à succès.
Il a donc bien fallu que quelqu’un ressorte Predator du placard… Et comme gage de qualité, pour ne pas heurter le noyau dur de fans de la première heure, c’est Shane Black qui s’y colle. Il est estampillé Predator 1, c’est sensé être un gage de réussite, non?

Non.

Combien de licences se retrouvent massacrées à cause de suites pas au niveau ou de reboot inutiles et mal foutus ?
The Predator n’est que le symbole de ce qu’est devenu le cinéma grand public de ces dernières années: une suite fade, sans savoir-faire, sans saveur, sans idée, sans envie, sans rien… Un vide absolu, un néant scénaristique, un abîme de mise en scène, sans autre logique que le profit. Bien sûr que certains films sont voués à être rentables, à rapporter du pognon, mais est-ce que la qualité a besoin d’en pâtir? Pourquoi de nouvelles idées, de nouvelles licences ne seraient-elles pas des succès? Après tout, les films cités plus haut sont bien nés de l’esprit éclairé de réalisateurs et scénaristes talentueux? Pourquoi ne pas laisser leur chance à de jeunes gars et filles proposant autres choses que des suites, des adaptations de bouquins ou de BD?

La réponse est toute simple: profit, profit, profit. Prise de risque minimale, films aseptisés, lisses, touchant un maximum de spectateurs, et surtout, surtout, ne choquant personne! Ce serait dommage que le film ne soit pas vu par des gamins de moins de 12 ans non? Sinon comment les financiers se rempliraient les poches?

Quand j’étais gosse et que j’allais voir ces films au ciné (ou en VHS), je voyais du nouveau, de l’inédit. Des suites aussi bien sûr, parfois pour le meilleur, parfois pour le pire. Je n’avais pas toujours que du bon à me mettre sous la dent, mais je n’avais pas non plus l’impression d’être systématiquement pris pour un con.

C’est la sensation que j’ai eue devant The Predator, comme devant la plupart des films à gros budgets qui sortent en salles ces dernières années.
The Predator n’est d’ailleurs même pas un film, mais juste un assemblage déséquilibré de séquences indigestes. En écrivant ces lignes, j’apprends que Shane Black a dû retourner les 3/4 de l’acte final du film, et que c’est pour cette raison que la sortie a été repoussée de quelques mois…

Les reshoots sont devenus une norme à Hollywood. Les films ne se font pas dans l’ordre, tout doit aller vite, trop vite, pour coller à une date de sortie arrêtée avant même l’écriture du scénario.
Alors certes, quelques reshoots peuvent améliorer la qualité d’un film, sauver une scène, changer une intention. Mais les 3/4 de la fin du film??? Sérieusement??? Au vu du montage parfaitement ridicule du film, d’enchainements de scènes sans aucun sens, de ces personnages qui apparaissent, disparaissent, changent de lieu, sans qu’on y comprenne rien, on peut être sûr que c’est TOUT le film qui a subi les foudres des producteurs et des distributeurs. Shane Black sait pourtant écrire des films calibrés, on l’a vu en début d’article. On est ici devant un tel bordel, une telle bouillie qu’il est impossible que le film n’ait pas été complètement dépouillé et déstructuré (détruit?) au montage.

The Predator est un symbole: à Hollywood aujourd’hui, les films se font avant d’avoir été écrits. Ils sont programmés avant d’être tournés. Ils sont tournés après avoir été montés.
On marche sur la tête…
Et nous, paisibles vaches à lait, on paie 10 balles pour aller voir ces daubes et encourager un système complètement pourri. Il est bien foutu ce système: les financiers savent que le film qu’ils nous vendent est tout pourri; ils l’ont vu, puisqu’ils ont exigé des coupes et des reshoots. Moi-même, je m’en doute que je vais aller voir une merde: les teasers, trailers et bandes-annonces me montrent en détail à quel point ça va être naze. Je le sais, et j’y fonce, espérant secrètement que peut-être je me trompe, et que je vais retrouver un tout petit peu de la saveur du premier film…

Le système de production actuel (français comme américain) est pourri. Les films ne sont plus faits par des créatifs mais par des financiers. Jetez un oeil à cette COURTE VIDEO de Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro qui abordent le sujet. « Le marketing a pris le pouvoir sur l’artistique… »
Il y a quelques années, on pouvait comprendre qu’un mec comme Marc Caro, à l’univers barré puisse avoir du mal à trouver des financements. On pouvait s’en offusquer, le déplorer, mais le comprendre. Aujourd’hui on est dans un tel lissage, que TOUS les films se ressemblent. Il n’y a qu’à regarder les affiches des films, avec cette mode de la typo jaune sur fond bleu, pour l’immense majorité des comédies de ces dernières années. Où est le créatif, la différence, l’originalité? Aujourd’hui, le mec qui a fait Amélie Poulain, s’il veut continuer à faire des films, il doit réaliser un ersatz de Bienvenue chez les Ch’tis.

Arrêtons de nous infliger ces horreurs. Non, revoyez plutôt Predator premier du nom, ce CHEF D’OEUVRE (en majuscule et en gras, pour que ce soit clair) de John McTiernan qui n’a pas pris une ride. Un film profond, riche, qui gagne à être vu et revu, des dizaines de fois.
Je vous invite à vous plonger DANS CE PASSIONNANT ARTICLE de Rockyrama sur la genèse du film. Vous y découvrirez qu’un film peut rencontrer de nombreuses difficultés lors de sa conception… Et Dieu sait que Predator en a eu! Ça n’a pas empêché ses créateurs de se remettre en question, de chercher et de trouver des solutions, pour finalement nous pondre ce putain de film.

Predator est un film organique, qui a dû s’écrire et se réécrire lors du tournage. C’est un film sur l’espace. Pas uniquement l’espace intersidéral, mais l’espace cinématographique, un thème récurrent chez McTiernan. Ce qui a contribué à nourrir et à accentuer le propos déjà riche du film: un homme si fort qu’il en est presque une machine, obligé de renouer avec ses instincts primaires, forcé de se reconnecter avec son environnement, avec son espace, d’être en symbiose avec lui, pour renaitre en être humain capable d’affronter sa plus grande peur: lui-même. Un autre lui, symbolisé par ce Predator venu d’ailleurs, tueur mécanique et sans pitié. Passionnant qu’Arnold Schwarzenegger joue ça quelques années après Terminator, non?

The Predator n’est qu’une bouse sans aucun sens, un film désabusé, raté, sans aucune personnalité. Tout y est laid, bête, grossier, mal branlé. De la surenchère gratuite et du non-sens, voilà qui le résume bien. C’est un film perdu, là où celui de McTiernan est un film maitrisé.
Est-il au moins une parodie? Une relecture de son ainé? Un hommage? Non, il ne fait que le singer maladroitement, le visionnage du film n’étant qu’un long chemin de croix pour le spectateur.
Même Schwarzenegger, pourtant pas le dernier à s’auto-parodier, a préféré décliner un caméo plutôt que de s’embarquer dans cette galère. C’est dire…

Alors que ces deux films ont rencontré de nombreuses difficultés lors de leur production, l’un est bon l’autre à chier. Pourquoi?
Parce que le premier était porté par la vision de son réalisateur. Je le souligne parce que c’est important. C’est tout ce qui manque à The Predator: une vision.
Le film ne va nulle part; on a l’impression d’un navire en perdition, perdu en pleine tempête, et dont tous les marins se verraient capitaine, alors qu’aucun n’est capable de tenir la barre. Le résultat ne peut être qu’un naufrage.

Si jamais vous avez le courage ou le malheur d’aller visionner cette daube, amusez-vous à comparer l’intro du tout premier Predator à la constitution de l’équipe dans celui-ci. Vous y trouverez la différence entre le génie et la bêtise. McTiernan raconte son histoire avec ses images, sa grammaire cinématographique. Il se sert d’archétypes qu’il construit et déconstruit pour nourrir son propos. Ses personnages s’expriment par leur corps plus que par les mots. Les non-dits nous entourent, dans cet hélico qui se dirige vers la jungle. Souvenez-vous:

Shane Black a beau utiliser le même genre de clichés, il les manie sans talent. Ses personnages ne s’expriment que par des mots, ils parlent trop, se dévoilent trop. Les pauvres ne sont que des personnages de papier, et on dirait que leurs scénaristes en sont conscients: ils sont tellement vides qu’ils ont besoin de se raconter. Le non-dit n’existe plus; on ne suggère plus, on montre. En parlant trop on tente de cacher la misère. L’un des personnages a pour seule subtilité d’avoir le syndrome de la Tourette… ça en dit long sur la vulgarité même symbolique du film.

The Predator est un concentré de tout ce que je déteste au cinéma actuellement, et ne me donne même pas envie de chercher des excuses pour le défendre. J’en ai marre. J’espère qu’avec ce film, la licence est morte, et qu’on ne la déterrera plus.

Je ne vous mets pas la bande-annonce du film; je préfère vous partager celle du premier: